La Systémique

La systémique a-t-elle évolué depuis 50 ans ?

Oui, la systémique est une approche en mouvement avec un travail de réflexion constant. Elle s’est enrichie de par ses liens avec des chercheurs de différents domaines. On parle donc aujourd’hui des approches systémiques au pluriel en raison de ses multiples mises en pratique.

L’approche systémique en psychothérapie est apparue dans les années 50 à Palo Alto (Californie). Elle a été inspirée par des travaux entrepris dans diverses disciplines notamment par la Théorie Générale des Systèmes du biologiste Ludwig von Bertalanffy, par les premiers travaux portant sur la cybernétique du mathématicien Norbert Wiener, par des recherches anthropologiques notamment celles de Gregory Bateson et par certains pionniers comme le psychiatre Nathan Ackerman. Ce dernier fut l’un des premiers à proposer d’étudier le fonctionnement de la famille en tant qu’unité. Cette période est marquée par le passage d’une vision quasi exclusivement psychodynamique (c’est-à-dire l’idée que les personnes fonctionnent sous l’influence d’instincts et la pression de phénomènes inconscients) à une vision portant sur les relations entre l’individu et son contexte familial et social. Cette nouvelle perspective, a permis de ne plus considérer les symptômes et les souffrances d’une personne comme l’expression d’une maladie mentale, mais comme la manifestation d’une communication difficile au sein de la cellule familiale.

Dans ce premier courant de la thérapie systémique, appelé première cybernétique, la famille est appréhendée comme un système à la recherche constante d’un équilibre. Le trouble d’un membre de la famille y est vu comme une tentative de maintenir l’équilibre familial ou une nécessité de s’adapter à de nombreuses situations sociales de souffrances ou de conflits auxquels tout un chacun peut être confronté à un moment où un autre de sa vie. Le thérapeute se comporte comme un observateur neutre extérieur au système qui va localiser le problème et le corriger par ses recommandations et des tâches à accomplir.

Dans les années 70, le psychiatre William Ross Ashby, les biologistes Humberto Maturana et Francisco Varela, le chimiste Ilya Prigogine et l’ingénieur et mathématicien Heinz von Foester ont étudié d’une part les mécanismes par lesquels les systèmes évoluent et créent des structures nouvelles (morphogénèse) et d’autre part comment un équilibre nouveau peut se développer à partir d’une situation de déséquilibre. Par ailleurs, les thérapeutes ont réalisé qu’en tant qu’observateur, ils ne pouvaient pas être externes et objectifs et qu’ils étaient inévitablement inclus dans le système avec le système observé.

Ces concepts, appelé seconde cybernétique, sont des éléments importants dans le développement du mouvement constructiviste. En effet, les études sur les mécanismes de la perception montre d’une part que ce que nous percevons n’existe pas, en tant que tel, mais est le résultat de l’activité de notre système nerveux; d’autre part que la perception de la réalité extérieure dépend des limites physiques de notre organisation sensorielle. Ainsi, dans l’approche constructiviste, ce ne sont plus les faits et les comportements qui sont importants, mais c’est la perception et le sens qui est attribués à ceux-ci. Pour les thérapeutes constructivistes, la construction mutuelle du réel est donc plus importante que la recherche de la vérité ou de la réalité.

Vers la fin des années 80, une vision différente de la construction de la réalité prend son essor à travers le constructionisme social dont les principaux représentants sont Kenneth Gergen et Michael White sous l’influence de Michel Foucault. La principale différence entre le constructivisme et le constructionisme social est que le constructivisme situe la construction de la réalité dans les mécanismes biologiques internes de l’individu alors que le constructionisme social situe celle-ci à l’intérieur des différentes formes de relations. Le constructionisme social appartient à l’ère post-moderne et critique les idées du modernisme. Il se propose de déconstruire les concepts de rationalité, d’objectivité, d’universalité et de progrès. Plusieurs approches sont issues du constructionisme social notamment l’approche narrative et l’approche centrée sur la solution.